Non classé Coronavirus Traitement anti-covid : un médicament peut changer la donne

Traitement anti-covid : un médicament peut changer la donne

Traitement anti-covid : un médicament peut changer la donne

Le médicament antiviral à large spectre : le molnupiravir pourrait nous aider sensiblement à lutter contre le Covid-19. Il s’agit d’abord de comprendre comment il agit, qu’est-ce qu’il apporte de plus que les autres médicaments ou que le vaccin ? Allons-nous séparer du vaccin anti-covid ? Le Pr Vincent Maréchal, virologue, nous explique plus en détails.

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Molnupiravir. Cette molécule au nom compliqué est désormais sur toutes les lèvres. La France vient de commander 50 000 doses de cette pilule, objet de nombreux espoirs : elle réduirait significativement le risque de formes graves, et permettrait de diviser par deux le nombre d’hospitalisations et de décès liés au Covid-19, selon son fabricant.
Olivier Véran, le ministre de la Santé, s’est enthousiasmé de l’arrivée prochaine de ce médicament, dont la mise sur le marché est à l’étude aux Etats-Unis et en Europe. Cette pilule pourrait « changer la donne » dans la lutte contre l’épidémie, avancent les autorités sanitaires.
Que sait-on de ce traitement, de son fonctionnement, de ses bénéfices, de ses risques ? Qu’apporte-t-il par rapport aux autres thérapies existantes ? Les réponses du Pr Vincent Maréchal, virologue.

Comment le molnupiravir agit-il ?

Pr Vincent Maréchal. Il s’agit d’un antiviral à large spectre, qui n’a pas été initialement conçu pour le Covid, mais pour d’autres virus à ARN (grippe, hépatite C).
La molécule sème le trouble dans le cycle de réplication du virus. Elle se substitue aux nucléotides (qui composent l’information génétique du virus) normalement utilisés par le virus lors de sa réplication. Elle introduit des mutations dans le génome viral, des altérations génétiques irréversibles qui finissent par rendre le virus inactif. C’est ce qu’on appelle la létalité par hypermutation.
Ce qui est intéressant, c’est que les coronavirus sont connus pour avoir une forte capacité à corriger les erreurs qu’ils font, naturellement, quand ils se répliquent. Or, dans le cas présent, cette activité de correction serait inefficace, ce qui limiterait le risque de voir apparaître des virus résistants au traitement.

Qu’apporte-t-il par rapport aux autres médicaments anti-Covid ?

Pr Vincent Maréchal. C’est un outil de plus, sachant qu’il y a peu de choix thérapeutiques. Pour traiter le Covid, on a deux stratégies : les antiviraux et les anticorps monoclonaux. Les premiers sont donnés en phase précoce de l’infection, lors de la multiplication du virus. Les autres servent à traiter les formes graves. Parmi les antiviraux, on a le remdesivir. Il fonctionne comme le molnupiravir mais a des effets nuancés, et il est maintenant déconseillé par l’OMS. Donc le molnupiravir, si son efficacité se confirme, est intéressant, d’autant qu’il est administré sous forme orale (alors que les autres traitements sont en intraveineuse).
Mais il n’a été testé que sur une population restreinte (800 personnes), et on ne dispose que de résultats préliminaires à ce jour. Il faudra bien évaluer les bénéfices, mais aussi les risques, que l’on discerne encore mal.

Quels sont ces risques ?

Pr Vincent Maréchal. Plusieurs études sérieuses montrent qu’introduire une molécule qui induit des hypermutations dans l’ARN viral pourrait avoir des effets délétères. Cette molécule pourrait interférer dans une certaine mesure avec le métabolisme cellulaire et avoir des effets mutagènes sur la cellule [provoquer des mutations de l’ADN, ndlr].
Cet effet mutagène, observé sur des cellules de mammifère, a fait l’objet d’une récente publication. Ces observations appellent à une certaine vigilance et à des études complémentaires avant de pouvoir prescrire ce médicament en population générale. Tout sera une affaire d’évaluation du rapport bénéfices-risques.

Ce médicament peut-il « changer la donne » ?

Pr Vincent Maréchal. Dans la mesure où le risque mutagène n’est pas encore bien appréhendé, je nuancerais cette idée. Il peut changer la donne pour les patients à risque de développer des formes graves, car on peut agir pendant la phase précoce du virus. Mais il n’est pas question, à mon sens, d’envisager une distribution globale, pour toutes les personnes testées positives, avant d’avoir plus de données.

Quoi qu’il en soit, ce traitement est complémentaire de l’approche vaccinale. Il n’a pas vocation à remplacer le vaccin.