Non classé Coronavirus Soignants : pourquoi l’obligation vaccinale s’est imposée

Soignants : pourquoi l’obligation vaccinale s’est imposée

Soignants : pourquoi l’obligation vaccinale s’est imposée

Fin août, le taux de vaccination chez les soignants a atteint 90%. À partir de demain, les soignants devront justifier d’une vaccination complète pour pouvoir exercer leur métier. Fonctionnement de l’hôpital, suspensions de postes, raisons de cette décision prise par le gouvernement, le Pr Alain Fisher, immunologue répond à nos questions.

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A partir du 15 septembre, les soignants ont l’obligation d’être vaccinés contre le Covid-19 pour exercer leur profession. Ils doivent tous avoir reçu au moins une dose, et ont jusqu’au 15 octobre pour présenter un schéma vaccinal complet. Sinon, ils risquent la suspension de leurs fonctions.
Quelque 2,7 millions de professionnels exerçant dans les métiers du soin sont concernés : employés d’hôpitaux, d’Ehpad, soignants libéraux, aides à domicile, pompiers, ambulanciers… L’objectif de cette mesure qui fait polémique chez les blouses blanches : renforcer la couverture vaccinale au sein de cette population spécifique.
Pourquoi a-t-on fait le choix de l’obligation, quels objectifs cette mesure vise-t-elle ? Les réponses du Pr Alain Fischer, immunologue et président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale.

Pourquoi la vaccination des soignants est-elle un enjeu particulier ?

Pr Alain Fischer. Il est très important que les soignants se vaccinent pour plusieurs raisons. D’abord, pour se protéger, eux qui sont en contact avec des personnes infectées et sont donc plus exposées au virus que le reste de la population. Ensuite, pour protéger les patients, notamment les plus fragiles. Même si le vaccin a une efficacité partielle, il réduit fortement le risque de transmission et de formes graves, et limite les infections nosocomiales. Les soignants ont une responsabilité collective ; en se vaccinant, ils protègent aussi le système de soins.
Enfin, leur vaccination est nécessaire pour l’exemplarité. Leur capacité à convaincre les concitoyens de se faire vacciner est faible s’ils ne le sont pas eux-mêmes.

Pourquoi fallait-il passer par l’obligation ?

Pr Alain Fischer. Jusqu’ici, on a fait appel à la pédagogie, avec un certain succès : début juin, environ 60 % des soignants étaient vaccinés. Mais ce n’est pas suffisant et il y a eu des drames dans des Ehpad et des hôpitaux. Des patients, entrés sans Covid, ont été contaminés par des soignants. On ne peut pas se permettre cela, ni opposer sa liberté individuelle quand on a une telle responsabilité.
L’obligation vaccinale est un principe déjà en place chez les soignants, pour l’hépatite B par exemple. Il fallait l’étendre au Covid pour que la couverture augmente. D’ailleurs, la seule annonce de l’obligation a fait bondir le taux de vaccination des soignants de 60 à 90 % fin août. C’est une mesure efficace.

Les éventuelles suspensions de poste ne risquent-elles pas de désorganiser les hôpitaux ?

Pr Alain Fischer. Je ne le crois pas, même s’il faut évaluer les situations au cas par cas. On peut penser qu’avec l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale, le taux de couverture va continuer à augmenter chez les soignants. Au final, il restera très peu de personnes non-vaccinées et cela ne devrait pas perturber le fonctionnement de l’hôpital.

Avec les variants qui rendent les vaccins moins efficaces, l’immunité collective est-elle possible ?

Pr Alain Fischer. En fait, les difficultés à atteindre l’immunité collective, à cause des nouveaux variants, justifient d’aller plus loin dans la vaccination. Plus il y a de personnes vaccinées, moins le virus a de chance de muter.
Les vaccins actuels restent efficaces contre les variants qui circulent, et ils le sont encore plus avec une dose de rappel. Certes, l’évolution des vaccins est une hypothèse possible en fonction de l’émergence de nouvelles mutations. Mais avec ceux dont on dispose, on peut lutter efficacement contre le virus et contre la propagation de ces variants.