Les actus Dr Goodnews Prévention, traitement : la médecine personnalisée, c’est maintenant !

Prévention, traitement : la médecine personnalisée, c’est maintenant !

Prévention, traitement : la médecine personnalisée, c’est maintenant !

La médecine personnalisée repose sur les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Développée dans le monde entier, elle a pour but de proposer un diagnostic plus précis aux patients afin de leur sélectionner un traitement personnalisé.

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Une science vise à mieux comprendre les spécificités de chaque maladie, de chaque individu, pour mieux les soigner. Médecine individualisée, personnalisée, de précision… Sous ces appellations, cette discipline, qui se développe dans le monde, repose sur les nouvelles technologies, la big data et l’intelligence artificielle (IA). 
Et ce n’est plus « la médecine du futur », mais bien celle d’aujourd’hui. Déjà, les données des patients sont analysées pour affiner les diagnostics, sélectionner les thérapies adéquates, personnaliser la réponse médicale. Ces enjeux sont au cœur du Symposium P2M qui se tient à Rouen les 24 et 25 mars. 
Comment utilise-t-on, aujourd’hui, la médecine de précision ? Comment se développe cette approche en France ? Les réponses du Pr Soumeya Bekri, chef de service du Laboratoire de biochimie métabolique du CHU de Rouen et co-fondatrice du Symposium.

Pourquoi l’intelligence artificielle s’impose-t-elle en médecine ?

Pr Soumeya Bekri. C’est une révolution dans l’approche médicale. L’analyse de quelques microlitres de n’importe quel fluide biologique (sang, salive…) peut générer des milliers de résultats que notre cerveau est incapable de traiter. 
La radiologie, les bilans biologiques, la neurophysiologie… tout ceci produit une masse de données immense qui n’est pas encore suffisamment exploitée.
Il existe d’ores et déjà de nombreux outils pour traiter ces données – ils ont d’ailleurs été créés, à l’origine, pour la finance. 
Tout l’enjeu, actuellement, consiste à coupler cette masse de données avec les technologies dont on dispose, pour extraire l’information et aider le clinicien à faire le bon choix.

« Certaines molécules, que l’on prescrit à tout le monde, comme le paracétamol, fonctionnent sur certains patients mais sont inefficaces sur d’autres ». 

Que permettent ces outils, concrètement ?

Pr Soumeya Bekri. On y a recours en cancérologie, par exemple, car on sait que chaque cancer induit des modifications propres au type de cancer et à l’individu. Avec l’intelligence artificielle, on peut cibler cette modification, comparer les tumeurs, savoir pourquoi elle est apparue, comment elle réagira tel traitement… Et donc maximiser l’efficacité des thérapies et diminuer leurs effets secondaires.
L’analyse des données permet de créer des bases populationnelles et de stratifier les patients. On sait que certaines molécules, qu’on prescrit pourtant à tout le monde (comme le paracétamol), fonctionnent sur certains patients mais sont complètement inefficaces sur d’autres (en fonction de leur métabolisme, par exemple). Cette stratification des patients permet de mieux comprendre, de mieux cibler.
Il y a aussi des retombées médico-économiques (moins d’hospitalisations liées aux effets secondaires, plus d’efficacité thérapeutique…). 
Autre exemple : en réanimation, on peut prédire la trajectoire du patient à partir de ses données biologiques, cliniques et physiologiques, en fonction de différents scénari, et choisir le plus adapté.

La médecine de précision permet-elle aussi de renforcer la prévention ?

Pr Soumeya Bekri. Oui, c’est même l’un de ses piliers. Il y a tout un pan d’études sur le patient bien-portant, les « Wellness Studies » : qu’est-ce qui fait qu’une personne est en bonne santé, pourquoi elle tombe malade ? 
Avec les data, on peut dépister les maladies avant qu’elles ne se déclarent, en fonction des facteurs de risques, des comportements… La médecine de précision a pour objectif de personnaliser, mais aussi de renforcer le mieux-être du patient avant qu’il ne soit malade.

Que faut-il faire en priorité pour développer cette approche ?

Pr Soumeya Bekri. Il est nécessaire de former les praticiens, mais aussi de doter les hôpitaux. Il y a tout un corps de métier à créer et à développer, à la croisée du numérique et du médical. Actuellement, on a des départements d’informatique médicale mais leur rôle doit être renforcé. Dans le service de réanimation pédiatrique où l’on utilise l’IA pour prédire la trajectoire du patient (situé au Sickkids,Toronto, Canada), des bioinformaticiens sont présents dans le service pour analyser des données… En France, il y a un vrai effort de formation à déployer.