Les actus Dr Goodnews Addictions Anxiolytiques : les risques d’un usage prolongé

Anxiolytiques : les risques d’un usage prolongé

Anxiolytiques : les risques d’un usage prolongé

Utilisés pour le stress, l’anxiété et les troubles du sommeil, les anxiolytiques ont une très bonne efficacité. Cependant, souvent consommés sur une trop longue durée, les risques d’addictions et de dépendance sont élevés. Combien de temps peut-on prendre ces médicaments ? Quels effets à long terme ont-ils ? Le Pr Nicolas Luthier, psychiatre et pharmacologue nous répond.

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Elles sont plus connues sous leur nom commercial : Xanax, Valium, Lexomil… Les benzodiazépines sont largement consommées en France ; chaque année, 12 à 13 % de la population s’en voit prescrire au moins une boîte pour calmer l’anxiété, le stress ou des troubles du sommeil. Et durant le confinement, les prescriptions ont bondi de 5 %.
Aux Etats-Unis, l’Agence du médicament a récemment renforcé ses recommandations autour des anxiolytiques : un meilleur suivi des patients, des prescriptions moins lourdes, plus courtes…
De fait, les benzodiazépines sont des traitements qui exigent certaines précautions pour être efficaces et sûres.
Le Pr Nicolas Authier, psychiatre et pharmacologue, détaille les bonnes indications et les bons dosages.

Y a-t-il un problème de consommation d’anxiolytiques en France ?

Pr Nicolas Authier. Pas vraiment, dans le sens où la consommation tend à diminuer chaque année. En revanche, il y a un gros problème dans les durées de traitement qui sont souvent trop longues. Les benzo restent d’excellents médicaments, très efficaces sur l’anxiété et, pour certaines, le sommeil. Mais leur efficacité n’est garantie que par un usage ponctuel, irrégulier et de courte durée. En fait, les benzo sont tellement efficaces – elles ont un effet immédiat et magique – que le patient peut développer un attachement au médicament. Or, pour traiter la dépression chronique, le traitement de référence, ce n’est pas les anxiolytiques ni les hypnotiques, mais les antidépresseurs. Comme ils n’ont pas cet « effet wahoo », c’est difficile de faire comprendre aux patients qu’ils sont plus adaptés. Mais les benzo ne sont pas un traitement au long cours. Il y a une éducation thérapeutique à mener en ce sens.

Quels sont les effets d’une consommation au long cours ?

Pr Nicolas Authier. D’abord, ça réduit leur efficacité ; il y a un effet de tolérance, le patient doit augmenter les doses, avec un risque d’addiction. Ensuite, les benzodiazépines sont faites pour traiter l’anxiété aiguë, due à des situations difficiles de la vie (le plus souvent : deuil, séparation, problème au travail…). Des moments violents où l’on a besoin d’un coup de main, de déconnecter avec la souffrance. Ils rendent le quotidien moins inconfortable, moins désagréable. Mais sur le long terme, ils anesthésient complètement la vie. Les anxiolytiques ralentissent les neurones, donc le stress et l’anxiété sont atténués, mais toutes les émotions positives le sont aussi. Enfin, les benzo ne guérissent pas, ils traitent juste un symptôme. Je me souviens d’un patient qui en prenait tous les jours depuis 10 ans, après la perte d’un être cher ; il n’avait jamais entamé son deuil, les benzo avaient figé ce processus.

C’est quoi, une bonne prescription d’anxiolytiques ?

Pr Nicolas Authier. Les recommandations, c’est : pas plus de 12 semaines pour les benzo anxyiolitiques, pas plus de 4 semaines pour les benzo hypnotiques, arrêt progressif compris. Mais en gros, c’est de quelques jours à quelques semaines, ça ne se compte pas en mois. Et si possible, avec un usage irrégulier et adapté au niveau de stress. Je dis à mes patients de déterminer le seuil au-delà duquel le stress est suffisamment important pour que cela mérite une dose. Tant que l’on peut réduire soi-même l’anxiété – en décentralisant sa pensée, en faisant du sport, des exercices de respiration etc – alors ça ne mérite pas d’en prendre. Il faut démarrer avec des dosages assez faibles, mais laisser la possibilité au patient d’avoir une dose supplémentaire en cas d’angoisse. Mais si c’est le cas, il faut le revoir très vite, faire un point au bout de 7 jours. L’idée, c’est de ne pas prescrire pas un mois de médicaments en laissant les patients dans la nature. Il faut repenser régulièrement le traitement et sa pertinence.

Si vous manifestez des signes de dépendance (augmentation des doses, anxiété à l’idée d’être à court d’anxiolytiques…), consultez votre médecin sans attendre !