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Pornographie : comment protéger les mineurs

Pornographie : comment protéger les mineurs

En un clic et sans autre formalité, les mineurs peuvent accéder à des sites pornographiques gratuits. D’où la question : avec cette libre circulation, les ados sont-ils devenus accros au porno ?

Crédit photo : Adobe stock

Les députés ont adopté le 10 juin un amendement pour renforcer les obligations de contrôle d’âge sur ces plateformes spécialisées.

Selon une enquête récente (1), un garçon sur deux (46 %) et une fille sur quatre (28 %) de 14 à 24 ans ont déjà visionné un film à caractère pornographique. Surtout, 8 % des 14/15 ans, dont 5 % de filles, en regardent plusieurs fois par jour. Une consommation qui témoigne d’une véritable addiction. La pornographie peut en effet provoquer des « stimuli supranormaux », plus intenses que toute stimulation sexuelle classique.

Plus question de faire la politique de l’autruche. Ouvrir le dialogue est essentiel pour une meilleure régulation des sites pornographiques.

Quels sont les effets du porno chez les mineurs ?

Pour les moins de 10 ans, c’est un véritable choc. Le Dr Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, n’hésite pas à parler de « viol psychique ». Un traumatisme que des enfants vulnérables pourraient garder, avec d’importantes répercussions sur leurs vies affectives.
Pour les adolescents, le risque de traumatisme est moindre, mais il n’est pas pour autant exclu. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) alerte également sur cette fausse représentation des rapports sexuels, à l’origine d’une nouvelle forme d’anxiété des jeunes sur leur corps, qui pousse par exemple de plus en plus de filles à réclamer une nymphoplastie, (réduction des petites lèvres). Et les garçons à faire des complexes sur la taille de leur sexe . Par ailleurs, l’image de la femme dans ces films n’est pas souvent respectée, tout comme la question du consentement.

L’accès aux sites pornographiques est-il contrôlé aujourd’hui ?

Très peu. Pour y accéder, il suffit de déclarer sa majorité par un simple clic, sans aucune autre forme de contrôle. Mais c’est aussi l’accès simplifié à Internet qui est en cause. Les adolescents n’ont en effet plus besoin d’utiliser l’ordinateur familial. Ils peuvent s’y connecter dans leur chambre depuis leur téléphone portable, leur console de jeux, si ce n’est leur ordinateur personnel.

Quels sont les nouveaux systèmes de contrôle étudiés ?

Le Sénat a adopté le 10 juin un amendement renforçant les obligations des sites en matière de contrôle de l’âge pour leurs utilisateurs en France. Deux possibilités sont étudiées : un système de contrôle qui repose sur l’authentificateur France Connect ou une connexion par carte bancaire.
C’est un premier pas, qui permettrait surtout de protéger les plus jeunes. Les sites pornographiques, qui n’appliqueront pas de système de contrôle pourront être bloqués ou déréférencés à la demande du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).
Mais le débat n’est pas encore clos, et des contraintes techniques demeurent. Une loi très similaire adoptée en 2017 au Royaume-Uni a été abandonnée l’an dernier, faute de moyens de contrôle satisfaisants.

Quels sont les autres moyens de protéger ses enfants ?

Il est possible aujourd’hui d’installer un contrôle parental sur l’ordinateur ou le smartphone de ses enfants. Ces outils efficaces sont directement proposés par les fournisseurs d’accès à Internet. D’autres sont payants. Au-delà de la protection, il est indispensable de prévenir les risques, en abordant le sujet avec ses enfants. Dès le plus jeune âge, il faut répondre à leurs questions et maintenir le dialogue pour ne pas en faire un sujet tabou.

(1) « Les addictions chez les jeunes » du Fonds actions addictions.