Les actus Dr Goodnews Bien-être Covid-19 : les prévisions de fin d’année d’un spécialiste

Covid-19 : les prévisions de fin d’année d’un spécialiste

Covid-19 : les prévisions de fin d’année d’un spécialiste

À l’approche de Noël mais surtout du 15 décembre, date butoir fixée par le gouvernement, qu’en est-il du nombre cas de Covid-19 par jour ? Arriverons-nous, comme espéré, à 5 000 cas par jour ? Est-il raisonnable de se réunir en grand comité à Noël ? Mircea Sofonea, maître de conférence en épidémiologie répond à nos questions.

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Notre vie quotidienne dépend d’eux… Les chiffres de la pandémie. Confiner, déconfiner, reconfiner… Pour prendre ces décisions, le gouvernement s’appuie sur les prévisions des épidémiologistes. Mais comment ces calculs sont-ils établis ? Quelle est la marge d’erreur ?Comme nous l’explique Mircea Sofonea, maitre de conférence en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier, les prévisions ne sont pas fiables à 100 % mais « nous savons qu’il suffit d’1 ou 2 jours d’interactions sociales pour induire un pic de contaminations ».

Le seuil des 5000 cas par jour est-il définitivement inatteignable le 15 décembre ?

Mircea Sofonea. Les projections montrent que ce sera très difficile. Nous pensions que c’était possible si le niveau de circulation du virus observé entre le 30 octobre et le 28 novembre s’était maintenu. Mais, les levées de restriction – l’ouverture des commerces et l’élargissement des déplacements- associées à des conditions météorologiques plus hivernales ont accéléré la circulation du virus. Dans les conditions de confinement actuel, nous devrions néanmoins atteindre les 5 000 cas par jour d’ici le 1er janvier.

Quelles sont les données qui vous permettent de faire de telles prévisions ?

Mircea Sofonea. Au tout début de l’épidémie, nous prenions essentiellement en compte les morts, puis nous avons intégré les admissions en réanimation, les hospitalisations, et enfin le nombre de cas positifs par jour à partir du mois de mai, période à laquelle le dépistage s’est intensifié.
Mais, ces données ne sont pas totalement fiables car les efforts de dépistage fluctuent, les délais de notification des résultats varient… Cela rajoute donc ce que nous appelons du « bruit » dans nos estimations.

De quoi dépend la fiabilité de vos prévisions épidémiologiques ?

Mircea Sofonea. De la robustesse de nos modèles mathématiques et de la précision des données qui alimentent ces modèles. Aujourd’hui, nous pouvons dire que les modèles sont solides mais pour resserrer l’intervalle de confiance, nous avons besoin de données de meilleure qualité.
Les informations sur les flux d’hospitalisation, les temps d’hospitalisation par service, les probabilités d’être hospitalisés par classe d’âge sont par exemple récentes et encore parcellaires.

Ne peut-on pas repérer plus rapidement les évolutions de l’épidémie ?

Mircea Sofonea. Nous avons besoin de 2 semaines pour consolider les données. En fait, le fameux R (le nombre de reproduction du virus) est calculé sur les incidences rapportées sur plusieurs jours. Et pour cela, nous avons besoin de ce que nous appelons, le temps de génération, qui correspond à la distribution statistique du nombre de jours entre le moment où une personne est infectée et le moment où elle infecte une autre personne. Ce temps de génération a une composante biologique (pour infecter une personne il faut être soi-même contagieux) et une composante sociale (pour infecter une personne il faut être en contact rapproché avec elle). Or, il n’existe pas d’estimation du temps de génération en France. La plupart des données proviennent d’Asie.

Avec le recul de plusieurs mois et au vu de la flambée liée à Thanksgiving aux Etats-Unis, quelles seraient les mesures les plus efficaces à l’approche de Noël ?

Mircea Sofonea. Thanksgiving est la preuve que 1 ou 2 jours d’interactions sociales suffisent à induire un pic de contaminations. Quand nous sommes dans une vague qui touche l’ensemble du territoire, seules les mesures restrictives de portée nationale sont efficaces : l’interdiction des rassemblements même de petite taille, la fermeture des établissements scolaires ou encore l’interdiction des déplacements interrégionaux.
Mais le confinement national peut être évité si des mesures localisées sont prises précocement.
La Chine a par exemple dépisté les 11 millions d’habitants de Qingdao en moins d’une semaine pour seulement 3 cas, et ainsi arrêté l’épidémie tout en évitant un confinement strict. Mais la France est un pays très centralisé et le gouvernement n’a pas réagi en septembre alors que les données montraient une reprise de l’épidémie.