Non classé Coronavirus Hydroxychloroquine : plus de tapage, des résultats !

Hydroxychloroquine : plus de tapage, des résultats !

Hydroxychloroquine : plus de tapage, des résultats !

L’urgence sanitaire justifie-t-elle de s’affranchir des règles de la science pour mettre à disposition un médicament ? C’est toute la question posée par l’hydroxychloroquine (Plaquénil).

Crédit photo : Adobe stock

Depuis quinze jours, cette molécule divise le monde scientifique, agite l’opinion et embarrasse les pouvoirs publics. Au centre du débat, le Pr Didier Raoult. Fort de sa parfaite connaissance de cette molécule et des premiers résultats prometteurs d’une petite étude, cet éminent spécialiste a décidé de la mettre à disposition des patients infectés par le coronavirus alors que des études sont en cours pour évaluer ses réelles bénéfices mais aussi ses effets secondaires. Le Pr Raoult peut-il passer outre ?
Vous avez été plus de 600 à prendre position et à répondre à notre consultation. Avec sagesse. Une majorité d’entre vous prône la prudence et attend les décisions de la communauté scientifique pour se prononcer. 
Voici regroupées, les questions les plus courantes qui ont été posées.

Pourquoi les recherches du Pr Didier Raoult sont-elles critiquées ?

Le Pr Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, est un médecin et un chercheur respecté et récompensé à de nombreuses reprises.
Il est intervenu dans le débat fin février en rapportant les résultats d’une étude chinoise sur l’hydroxychloroquine. Il a depuis mené une étude auprès de 23 patients au sein de son établissement, obtenant des résultats positifs.
Mais sa méthodologie est critiquée. En effet, l’âge médian des patients de sa dernière étude était de 52 ans. Une population moins susceptible de souffrir de formes graves du Covid : 93 % des décès se produisent chez des personnes de 65 ans ou plus, avec une moyenne d’âge de 81,2 ans.
De plus, son équipe ne propose pas de comparaison entre l’hydroxychloroquine et le traitement standard. Des données qui sont pourtant exigées pour chaque nouveau médicament ou pour de nouvelles indications, afin d’évaluer l’efficacité réelle.

L’hydroxychloroquine est-elle un médicament dangereux ?

En fait, deux molécules différentes sont testées contre le Covid : la chloroquine et l’hydroxychloroquine. La chloroquine est un antipaludéen avec des effets secondaires assez limités. Elle est d’ailleurs régulièrement prescrite de façon préventive aux voyageurs depuis de nombreuses années.

En revanche, l’hydroxychloroquine, qui semble plus prometteuse contre le Covid-19, est utilisée contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde, chez des personnes de moins de 45 ans en moyenne. Le risque d’effets secondaires est plus important.
Des cas de « toxicité cardiaque », et au moins trois décès suspects ont déjà été rapportés ces derniers jours aux autorités de santé, après son utilisation en automédication.
Par ailleurs, on ne connaît pas encore tous les  modes d’action du coronavirus et le risque d’autres effets secondaires imprévus, notamment à long terme, n’est pas exclu.

Quel est l’intérêt de faire de nouvelles études ?

Deux études en France évaluent aujourd’hui l’efficacité de l’hydroxychloroquine. La première, Discovery, menée à l’échelle européenne, évalue cette molécule ainsi que trois autres médicaments, afin de mettre en évidence la meilleure thérapeutique à prescrire contre le coronavirus, en comparant leur effet bénéfice/risque. Les résultats sont attendus dans quelques jours.
Toutefois, selon l’Agence européenne des médicaments, les premières données reçues ne démontrent pas, pour le moment, d’efficacité particulière parmi ces traitements.

La deuxième étude, lancée par le CHU d’Angers, s’intéresse uniquement à l’hydroxychloroquine. Au total, 1 300 patients présentant une forme Le médicament a-t-il prouvé son efficacité dans d’autres pays ? la maladie non grave mais à risque élevé d’évolution défavorable seront traités par un placebo ou l’hydroxychloroquine. Ces données permettront ainsi d’établir plus précisément l’efficacité réelle du traitement. Réponse à la mi-avril.

Le médicament a-t-il prouvé son efficacité dans d’autres pays ?

Certains pays, comme l’Italie, autorisent sa prescription par les médecins hospitaliers et libéraux. D’autres, comme les États-Unis et l’Espagne, l’autorisent uniquement à l’hôpital, mais pour tous les cas de Covid-19. Mais tous ont mis en place un cadre strict pour éviter les débordements.
En Chine, les autorités de santé sont également mitigées sur le traitement. Elles mettent plutôt en avant un autre médicament : le favipiravir, un antigrippal qui va faire l’objet d’une étude au Japon.
En France, sans attendre les résultats des deux études, de nombreux patients ont tenté de se procurer du Plaquénil en pharmacie, d’autres ont établi de fausses ordonnances pour  l’obtenir. Persuadés qu’il s’agit de la molécule miracle contre le coronavirus. Elle est pour l’instant réserver à un usage hospitalier restreint.