Les actus Dr Goodnews Violences gynécologiques : comment faire pour les éviter ?

Violences gynécologiques : comment faire pour les éviter ?

Violences gynécologiques : comment faire pour les éviter ?

L’accusation de viol à l’encontre de Chrysoula Zacharopoulou, gynécologue et secrétaire d’État chargée de la Francophonie, suscite de vifs débats. De nombreux gynécologues s’insurgent contre l’utilisation du terme « viol » pour des actes commis dans le cadre d’examens médicaux. 

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Dans le même temps, de plus en plus de femmes se plaignent de violences gynécologiques et refusent d’être examinées. Comment restaurer la confiance entre les femmes et leur gynécologue ? La réponse du Dr Joëlle Belaisch-Allart, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

Contestez-vous le terme de « viol » pour des actes lors d’examens gynécologiques ?

Dr Joëlle Belaisch-Allart. Oui, le mot « viol » est inadapté mais nous entendons les plaintes des femmes. Un viol se définit comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis sur la personne d’autrui […] par violence, contrainte, menace ou surprise. » 
Or, ces examens gynécologiques sont pratiqués sans la moindre intention perverse et sexuelle, mais dans celle de soigner. Certains de nos collègues ont peur. Le risque, c’est que nous examinions de moins en moins les femmes et que la prévention soit mise à mal.

Le Haut conseil (1) estime que les actes sexistes sont relativement courants et que les gynécologues font preuve d’un « défaut d’empathie ».

Dr Joëlle Belaisch-Allart. Je ne conteste pas l’existence de tels faits mais ils ne sont pas fréquents. La société a évolué et les gynécologues ont déjà commencé à s’adapter. Aujourd’hui, je ne me contente plus d’informer une femme que je vais l’examiner, je lui demande si je peux le faire… 
Et le défaut d’empathie, c’est critiquable, mais ce n’est pas assimilable à un viol. Cependant, nous avons bien conscience qu’un examen gynécologique n’est pas un acte médical comme un autre. Il touche à l’intimité psychique et physique des femmes et donc requiert de notre part plus de bienveillance et de rigueur dans le recueil du consentement. 
(1) Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes

Comment faire pour que les femmes ne craignent pas les examens gynécologiques ?

Dr Joëlle Belaisch-Allart. Nous avons déjà édicté la charte de la consultation en gynécologie ou en obstétrique qui doit être affichée dans tous les cabinets. Nous stipulons bien que l’examen clinique n’est pas systématique. Par exemple, il n’est pas conseillé lors de la première consultation d’une jeune femme pour contraception, en l’absence de symptômes. Et même si le médecin juge l’examen indispensable, lorsqu’une femme continue de le refuser après des explications, nous devons évidemment respecter son souhait. Indispensable ne signifie pas obligatoire. Nous ne sommes pas là pour donner des ordres. 

En janvier, nous allons aussi rédiger une charte de l’examen pelvien et revoir les situations où il est indispensable. Quant au consentement écrit, je ne sais pas si c’est la bonne solution. Nous devons étudier la question avec les femmes et des juristes et si cela permet de restaurer la confiance, pourquoi pas.

Que peuvenr faire les femmes ?

Dr Joëlle Belaisch-Allart. Si elles ne souhaitent pas être examinées, je les invite à le dire dès le début de la consultation. Elles sont de plus en plus dans ce cas. Et si elles souhaitent interrompre un examen, c’est évidemment possible. Selon les cas, la pathologie éventuelle, nous discuterons du bien-fondé de l’acte mais comme précisé dans notre charte, « aucune pression » ne doit être exercée sur elle. Je les invite à lire cette charte pour prendre connaissance de leurs droits. 
Cependant, dans la grande majorité des cas, les femmes sont satisfaites de leur prise en charge gynécologique. Ce qui ne veut pas dire que nous ne prenons pas ce problème à bras le corps. Et la France n’est pas la seule dans ce cas. La société d’obstétrique luxembourgeoise vient par exemple de nous demander notre charte car ils sont confrontés à une augmentation de ce genre de plaintes.