Les actus Dr Goodnews Bien-être Mémoire : pourquoi doit-on l’entretenir

Mémoire : pourquoi doit-on l’entretenir

Mémoire : pourquoi doit-on l’entretenir

La maladie d’Alzheimer ne peut se guérir. Pourtant, il est possible d’adopter de bons gestes afin de prévenir son apparition. Entre diagnostique parfois tardif, entretien et stimulation de la mémoire, le Pr Philippe Amouyel, médecin et chercheur, nous éclaire sur le sujet.

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C’est la maladie la plus redoutée des Français après le cancer. La maladie d’Alzheimer touche 1,2 million de personnes ; elle atteint 2 à 4 % de la population après 65 ans, et 15 % après 80 ans. Presque tout le monde (plus de la moitié des Français) a dans son entourage une personne touchée par cette pathologie neurodégénérative, contre laquelle les traitements restent limités.
En effet, les médicaments visent à ralentir la progression de la maladie, à réduire certains symptômes, mais ils ne peuvent pas la guérir – même si les pistes thérapeutiques suscitent de l’espoir.
Mais nous ne sommes pas désarmés face à l’Alzheimer. Il existe des moyens de prévenir l’apparition des symptômes et de réduire son risque face à la maladie. A condition de s’y prendre tôt.
C’est ce qu’explique le Pr Philippe Amouyel, médecin chercheur, directeur de la Fondation Alzheimer et auteur  (1)
(1) Le Guide anti-Alzheimer: Les secrets d’un cerveau en pleine forme (Ed Le Cherche Midi)

Peut-on réellement prévenir la maladie d’Alzheimer ?

Pr Philippe Amouyel. Le problème de cette maladie, c’est que quand on la diagnostique, elle est déjà à un stade avancé. La maladie se déclare puis elle procrastine ; ses premiers symptômes apparaissent beaucoup plus tard. Actuellement, on essaye de comprendre pourquoi certains symptômes se déclarent plus ou moins tôt ou tard.
Nous avons tous une réserve cognitive, que j’appelle « capital cerveau ». Les neurones se divisent durant une période qui va de l’état de foetus jusqu’à 20-25 ans. Après, ils ne se divisent plus mais évoluent quand même, en créant des connexions entre eux, des nouveaux circuits. Plus on utilise son cerveau, plus ces connexions se font, et plus l’on augmente sa réserve cognitive.
Une chose apparaît de manière claire : quand on a une réserve cognitive élevée et qu’une maladie neurodégénérative se déclare, les premiers symptômes apparaissent plus tard. On sait par exemple qu’un niveau de diplôme élevé est associé à un développement plus tardif. Mais même si on n’a pas fait d’étude, il existe toujours des moyens de stimuler son cerveau. Toutes les recettes préventives ne permettent pas de stopper la maladie mais elles augmentent sa phase de « procrastination » sans symptômes. Or, si on arrive à repousser de 5 ans la maladie dans toute la population, on réduirait la prévalence d’un tiers…

Comment augmenter sa réserve cognitive ?

Pr Philippe Amouyel. Les circuits entre les neurones se créent lorsque vous utilisez votre cerveau, notamment pour de nouvelles actions : apprendre une poésie, par exemple, ou partir en voyage. Mais globalement, toutes les activités qui induisent une stimulation cognitive permettent de réduire son risque face à la maladie. La science montre que la lecture est la plus efficace en la matière, mais les jeux vidéo fonctionnent bien aussi, le calcul mental, les mots croisés (plus que les sudoku qui ne font appel qu’à la mémoire des chiffres), le bricolage ou encore le tricot, qui est en réalité une activité très complexe et très stimulante pour le cerveau (calculer et monter les mailles, être régulier, faire des réductions pour se projeter dans l’ouvrage, se concentrer…). Toutes ces activités contribuent à alimenter le capital cerveau et à retarder l’apparition des symptômes.

Quelles sont les autres recettes de prévention ?

Pr Philippe Amouyel. Il y a plusieurs groupes d’actions à poser. Stimuler son cerveau, c’est la première chose. Il convient aussi de limiter tout ce qui peut abîmer la réserve cognitive : les à-coups et micro-traumatismes à la tête (souvent dans le milieu du sport : les têtes au foot, les coups à la boxe…), ainsi que les toxiques (alcool, tabac, drogues, somnifères).
Puis, il y a le reste du corps. Le fait d’avoir une bonne santé cardiovasculaire est très corrélé au fait de développer des symptômes plus tard. Donc il faut traiter ses troubles cardiovasculaires si on en a, ainsi que ses facteurs de risque (typiquement, l’apnée du sommeil) et avoir une hygiène de vie qui les prévient : le régime méditerranéen, par exemple, repousse les symptômes d’Alzheimer, de même que l’activité physique. Autre groupe d’actions : prendre soin de ses sens. Un problème de vue ou d’ouïe non-corrigé est associé à un plus grand risque, car cela isole la personne et diminue petit à petit ses fonctions cognitives. Enfin, les relations sociales sont très importantes. Si vous êtes en couple, si vous avez des amis, des rapports sexuels de toute nature (câlins, baisers etc), vous diminuez votre risque.