Les actus Dr Goodnews Bien-être Gynécologie : pourquoi 60 % des femmes ont déjà renoncé aux soins

Gynécologie : pourquoi 60 % des femmes ont déjà renoncé aux soins

Gynécologie : pourquoi 60 % des femmes ont déjà renoncé aux soins

Le suivi médical gynécologique est délaissé par plus de la moitié des Françaises. Pourtant, il est essentiel à la prévention de certains cancers et à la recherche d’infections. Les conseils du Dr Odile Balot, gynécologue à Strasbourg.

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Les femmes négligent leur santé. Ce constat, établi depuis pas mal de temps, s’illustre une nouvelle fois à travers la gynécologie.

Selon un sondage réalisé par l’Ifop (1) pour Qare, spécialiste de la téléconsultation, 6 femmes sur 10 ont déjà renoncé à se rendre chez le gynéco, dont 12 % de nombreuses fois. Une femme sur trois déclare même ne pas y être allée depuis plus de deux ans. Alors que c’est la recommandation officielle.
Les motifs sont connus : des spécialistes trop rares (entre 2007 et 2020, la France a perdu 5 % de ses gynécologues), des délais d’attente trop longs (36 %), mais aussi, un emploi du temps trop surchargé (32 %), une tendance à faire passer la santé des autres membres de la famille avant la sienne (20 %), ou une gêne vis-à-vis de son corps et des professionnels de santé…
Le problème, c’est que ce renoncement aux soins peut avoir des conséquences très négatives sur la santé des femmes, à court et long terme. D’où le lancement d’une campagne #StopSacrificeGynéco à l’initiative de Qare pour qui « la téléconsultation de gynécologie a connu la plus forte progression depuis un an (126 %) » parmi les spécialités.
Quels problèmes soulèvent ces renoncements, et quelles solutions pour faciliter l’accès aux consultations et aux soins gynécologiques ? Les réponses du Dr Odile Bagot, gynécologue à Strasbourg.

(1) Sondage réalisé sur un échantillon de 1 003 femmes âgées de 18 ans et plus, représentatives de la population féminine française

Sur quels soins observe-t-on le plus de renoncements ?

Dr Odile Bagot. Le renoncement porte en premier lieu sur les visites de contrôle annuelles et sur le dépistage. Le problème, c’est que ces visites annuelles sont assimilées, à tort, à une consultation avec examen gynécologique, et cela freine beaucoup de femmes. Or, c’est faux !
Le frottis de dépistage, c’est tous les 3 à 5 ans seulement. La visite de contrôle annuelle est beaucoup plus large et ne nécessite pas toujours d’examen gynécologique ou d’être examinée. On y délivre des informations sur la contraception ou la ménopause par exemple, on dépiste d’éventuelles violences sexuelles ou difficultés sexuelles, mais aussi des pathologies non gynécologiques comme l’hypothyroïdie. On y retrace les antécédents, on calcule les risques…
En fait, la santé de la femme passe beaucoup par cette consultation de routine, justement parce qu’on n’y fait pas que de la gynéco. C’est une vraie opportunité, sachant que souvent, les femmes ne s’accorderont pas ailleurs ce temps pour prendre soin de leur santé.

Quelles sont les conséquences de ce renoncement sur la santé des femmes ?

Dr Odile Bagot. Cela induit des pertes de chance pour le dépistage des cancers du col de l’utérus, mais aussi de nombreuses pathologies dont on vient de parler.
Les consultations sont aussi l’occasion de faire une palpation des seins et de prescrire des mammographies ; il y a donc aussi une perte de chance pour dépister et prendre en charge de manière précoce le cancer du sein.
Au niveau des infections sexuellement transmissibles, c’est aussi problématique : 17 % des femmes n’ont pas consulté pour dépister une infection (MST, mycose, infection urinaire…).

Toutes les femmes sont-elles touchées ?

Dr Odile Bagot. Oui. Le problème, c’est qu’en n’allant pas voir son gynéco, on se prive d’une information pourtant essentielle à la santé des femmes, à tous les âges.
Les jeunes femmes, par exemple, sont celles qui renoncent le plus aux soins et ont tendance à négliger la consultation de contraception. Or, c’est absolument nécessaire pour faire un choix éclairé et sécurisé (avec analyse des antécédents, prescription d’examens pour savoir si telle pilule est adaptée par exemple…).
Elles vont sur Internet, mais n’étant pas accompagnées par un professionnel de santé, elles ne font pas toujours le bon choix. Idem pour la consultation pré-conceptionnelle, négligée et pourtant très importante (pour la supplémentation en vitamines, mais aussi pour informer sur l’hygiène de vie, les perturbateurs endocriniens…).
Enfin, la consultation sur la ménopause passe aussi à la trappe, alors que c’est un bouleversement majeur pour la femme qui doit être accompagnée.

Quelles sont les solutions pour améliorer l’accès aux soins gynéco ?

Dr Odile Bagot. Evidemment, la téléconsultation est une réponse. Elle permet de garder un lien avec les femmes qui sont trop éloignées de leur gynécologue ou qui ne veulent pas se faire examiner. C’est un outil que les patientes ont largement adopté – que ce soit la jeune cadre dynamique ou la personne âgée !
Mais il faudrait aussi s’appuyer davantage sur le médecin traitant, premier référent des patientes, qui devraient être davantage formés à la gynécologie.